Editorial du Délégué laïque n°17
Abrogation de la loi Debré ou application de la loi Debré, il faut choisir
Aujourd’hui, toutes les Associations qui se présentent, à tort ou à raison, comme « laïques », sont amenées à se prononcer sur la Question laïque et sur l’Abrogation de toutes les lois antilaïques. Les inégalités sociales et scolaires croissantes qu’entraîne le financement public de l’enseignement privé sous contrat ainsi que l’ampleur des crimes sexuels commis, comme ailleurs, par le Clergé dans les établissements catholiques rendent plus aiguë que jamais la nécessité de sortir du dispositif de la loi Debré.
À l’initiative de la FSU, s’est mis en place un Collectif pour l’École publique laïque qui a reçu l’assentiment de la plupart des Associations constituant peu ou prou ce que l’on appelle le Mouvement laïque. La force du scandale et la réprobation unanime des Laïques a donc contraint quasiment tout le Monde laïque à s’associer à ce Collectif. Nous publions dans ce numéro du Délégué laïque N°17 la Déclaration de Constitution de ce Collectif et la démarche qu’il a entrepris auprès des Élus et Parlementaires.
Le Collectif a décidé d’élaborer un Plan de sortie du Financement public de l’enseignement privé qui veut se donner les moyens d’en finir réellement avec les lois antilaïques, bien au-delà des propos habituels « officiels et solennels ».
Les échos rencontrés de toutes parts sur cette Initiative de Plan de sortie montrent qu’il est largement plébiscité : pour la première fois depuis longtemps, l’Abrogation de la loi Debré n’apparaît plus comme une perspective lointaine quelque pu insaisissable, mais comme appréhendable par tous et qui peut être mis en œuvre rapidement.
Dans le genre « radical » et « plus laïque que moi tu meurs », on a lu avec une certaine stupéfaction, l’Éditorial d’Eddy Khaldi dans le journal des DDEN (n°282 de mars 2025) : « Notre Fédération des DDEN reste fidèle au Serment de Vincennes et demande expressément pour les établissements d’enseignement privés d’appliquer la loi Debré, le Code de l’Éducation ainsi que toutes les règles de protections physiques et morales des élèves. »
On se pince pour y croire : pour rester fidèle au Serment de Vincennes (que nous republions aussi pour que les mots aient un sens) qui exigeaient l’Abrogation de la loi Debré, il faudrait la faire appliquer ? Comment peut-on se moquer à ce point du monde ? On se présente comme « radical » et en fait on n’est que « clérical » puisque l’on se prononce pour « une bonne application » des lois antilaïques qui sont toutes au bénéfice exclusif de l’enseignement de l’Église catholique.
Le même Eddy Khaldi s’est prononcé dans ses ouvrages « pour revenir à l’origine de la Loi Debré » qui, selon lui aurait été détournée de ses objectifs premiers.
Comme le disait Abraham Lincoln : « On peut tromper une partie du peuple tout le temps et tout le peuple une partie du temps, mais on ne peut pas tromper tout le peuple tout le temps. » Alors inévitablement une clarification commence à s’opérer dans le Collectif pour l’École publique laïque et certains masques commencent à tomber. Et c’est une bonne chose.
Des Organisations laïques comme la Fédération nationale de la Libre Pensée, Convergence des Services Publics, SUD-Éducation, le CREAL-76, la FSU, la Ligue de l’Enseignement ont apporté leurs contributions à l’élaboration du Plan de sortie du Financement public de l’enseignement privé. D’autres, comme l’UNSA et le SE-UNSA ont décidé de quitter « provisoirement » le Collectif pour des raisons liées aux Élections générales dans la Fonction publique. Comprenne qui pourra : comment l’Unité laïque pourrait-elle être préjudiciable au Syndicalisme enseignant, dont la fondation et l’existence même reposent sur la Défense de la Laïcité dans l’Enseignement public ?
Enfin, Eddy Khaldi, au nom de la FNDDEN, n’a pas signé la volonté de sortir de la Loi Debré et s’éloigne toujours plus du Collectif en étant par exemple du document en direction des Élus publié par le Collectif à l’occasion des élections municipales (publié dans ce Numéro du Délégué Laïque).
Au-delà des manœuvres – illusoires – des uns et des autres, on ne pourra pas faire l’économie du débat : Pour ou contre l’abrogation de la loi Debré ? Et si on est pour en finir avec le Financement public de l’enseignement privé, on ne peut pas réclamer sa bonne application. Il faudra choisir.
La clarification se faisant, la Fédération FO de l’Enseignement, la FNECFP-FO a manifesté son intérêt pour l’action du Collectif. On ne peut que s’en réjouir. Si certains s’en vont, d’autres arrivent à partir du moment où les choses se précisent dans le bon sens.
Dans une lettre adressée au Collectif pour l’École publique laïque, la FNECFP-Force Ouvrière indique : « Les Laïques combattants réellement pour la défense de la Laïcité de l’École publique et de l’État auront toujours la FNEC FP-FO à leurs côtés. Si nous ne faisons pas partie de votre Collectif, nous sommes disponibles pour l’action commune en vue d’obtenir l’abrogation de la loi Debré, inséparable de l’abrogation des lois anti-laïques qui ont tenté de façonner l’enseignement public sur le modèle du privé. »
L’Opinion publique laïque a clairement manifesté son avis : il faut en finir avec le Financement public de l’enseignement catholique, financement qui lui permet toutes ses turpitudes au détriment des enfants et dont on constate tous les jours l’horreur sans nom où cela a conduit.
Cette Opinion publique laïque s’est aussi clairement exprimée lors du 120e anniversaire de la loi de Séparation des Églises et de l’État de 1905, notamment dans la Grande Journée de Mobilisation Laïque du 6 décembre où toutes les composantes authentiques du Mouvement laïque se sont retrouvées ensemble côte à côte. Nous en publions aussi le compte-rendu et la Déclaration unitaire qui en est sortie, Journée de Mobilisation laïque dont les grands absents étaient … Eddy Khaldi et la FNDDEN.
Rappelons encore que le Mouvement laïque s’est réellement constitué en 1960 dans la bataille pour l’Abrogation de la loi Debré et que le Rassemblement de Vincennes et le Serment qui y fut prêté, porté par la volonté de 11 millions de Citoyennes et de Citoyens, en sont les parties créatrices et constitutives. De ce fait, demander l’application de la loi Debré, même baptisée de « bonne », c’est tourner le dos au Combat laïque, pour ne pas employer de terme plus crû.
Il n’est au pouvoir de personne de s’échapper à ce débat.
Paul Feldman

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